Pierre Daix

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    Pierre Daix, résistant communiste français, arrive à Mauthausen en mars 1944. D'abord affecté à la carrière du camp, parlant allemand, il est ensuite affecté à l'administration du camp. Il participa, aux côtés des républicains espagnols, à l'organisation clandestine de solidarité et de résistance à Mauthausen. De retour de déportation en 1945, il resta en contact avec certains de ses co-détenus espagnols et soutient la publication, en 1969, du livreTriangle bleudont il signe la préface. Son dernier ouvrage, Bréviaire pour Mauthausen, publié aux Editions Gallimard en mars 2005, rend hommage à ces républicains espagnols.

    Dans le cadre de notre travail, Pierre Daix est le seul témoin français qui a été déporté à Mauthausen… d'où la nécessité de faire une grille d'entretien spécifique. En outre, Pierre Daix a aussi été témoin des aléas du retour des déportés espagnols et de leur mise au ban de la société française et, tout aussi important, par les communistes.

    Aussi, Linda Amiri a fait le choix de centrer l'entretien sur ses liens avec les Espagnols à Mauthausen et après 1945.

    1) Lorsqu'éclate la guerre civile en Espagne, vous êtes âgé de 14 ans. Compreniez-vous tout de même les enjeux de cette guerre ?

    2) Quelle était la position politique de votre famille vis-à-vis des républicains espagnols ?

    3) Au moment de la Retirada, en 1939, où étiez-vous ? Comment analysiez-vous cet événement ?

    4) Aviez-vous eu connaissance, à l'époque, des conditions d'accueil et de vie des Espagnols dans les camps français du sud de la France ? Si oui, de quelle manière ? Quelle a été votre réaction ?

    5) A quel âge avez-vous pris votre carte au Parti communiste français ?

    6) En août 1939, Staline signe un pacte de non-agression avec Hitler (pacte germano-soviétique), en juin 1940 le Maréchal Pétain signe l'armistice avec l'Allemagne nazie… Etiez-vous suffisamment politisé pour comprendre les enjeux de ces deux événements ?

    7) A quel moment avez-vous décidé d'entrer en résistance contre l'Allemagne et le régime de Vichy ?

    8) Quand avez-vous été arrêté ? Pour quels faits ?

    9) Avant votre déportation vers Mauthausen, vous êtes interné dans les prisons de Vichy -où vous êtes en contact avec des Espagnols républicains- puis envoyé au camp de Royal-Lieu, près de Compiègne au printemps 1944. A cette date, quelle connaissance aviez-vous de la résistance espagnole ? Saviez-vous que bon nombre d'entre eux avaient été arrêtés, puis déportés par les Nazis avec le soutien de Vichy ? Avez-vous eu connaissance de l'existence des camps de concentration nazis ?

    10) Arrivé à Mauthausen en mars 1944, quel regard portez-vous sur les déportés républicains espagnols ? Saisissez-vous leur particularité (Triangle bleu, solidarité au sein du groupe …) ?

    11) Comment étaient perçus ces républicains espagnols par l'ensemble des détenus ? Par les SS ?

    12) Comment avez-vous été mis en relation avec les Espagnols républicains ? Quel a été votre rôle au sein de la résistance intérieure du camp de Mauthausen ?

    13) Dans votre livre, Bréviaire pour Mauthausen, vous rendez hommage aux Espagnols républicains. Leurs rôles semblent avoir été déterminants, mais peut-on dire que sans eux, aucune résistance n'aurait été possible à Mauthausen ?

    14) A votre avis, pour quelle (s) raison (s) le responsable du camp, Zierreis, proposa-t-il, peu de temps avant le départ des SS du camp, aux Espagnols de rejoindre la division franquiste Azul ?

    15) Les Espagnols rejetèrent en bloc cette proposition, mais comment celle-ci a-t-elle été interprété par les Espagnols eux-mêmes ? Et les autres déportés ?

    16) Le retour des déportés français de Mauthausen se fait dans des conditions difficiles : Mauthausen n'est pas connu de l'administration, en mai 1945 il ne figure pas dans les listes du ministère des Déportés et Rapatriés1. Rien n'est donc prévu pour faciliter leur retour. Les déportés espagnols réussirent à faire parvenir à vos compatriotes du 2nd convoi, la liste des Français mort en déportation à Mauthausen. Mais à cette époque, qui en France se préoccupe du sort des républicains espagnols de Mauthausen ?

    17) Avez-vous été accueillir ces derniers lors de leur arrivée en France ?

    18) Leur retour a été douloureux pour beaucoup : non seulement la Libération ne signifiait pas pour eux le retour au pays ( Franco étant toujours au pouvoir), leur action à Mauthausen était rejetée par le PCE, mais en plus ils étaient maintenus dans une situation administrative ubuesque. Pour quelles raisons selon vous ?

    19) Comment étaient-ils perçus par l'Etat français ? La société française ? Le PCF ?

    20) Dans de telles conditions comment s'est passée leur réinsertion dans la vie civile ?

    21) Sous l'impulsion d'Emmanuel Razola et de Mariano Constante, paraîtTriangle bleuaux Editions Gallimard, en 1969. Quel a été votre rôle dans cette publication ?

    22) Pour quelle(s) raison(s) avez-vous accepté d'y participer ?

    23) Quelle a été la réaction de la presse française à la suite de cette parution ? Celle du PCF et du PCE ?

    24) L'histoire des déportés Espagnols républicains réfugiés en France, puis déportés à Mauthausen et dans d'autres camps, est quasi absente de la mémoire de la Seconde guerre mondiale en France : peu d'ouvrages y sont consacrés-les Editions Gallimard ont refusées de rééditerTriangle bleu- aujourd'hui rééditée par les éd. Tiresias-, les manuels scolaires sont muets… A votre avis, pourquoi ce “ silence ”, cette absence de transmission de mémoire ?

    25) Au fond, l'histoire des déportés espagnols dans les camps nazis appartient-elle à l'Histoire de France ? D'Espagne ? Aux deux pays ?

    26) Vous sentez-vous aujourd'hui responsable, car rescapé de Mauthausen et écrivain, de la mémoire de la résistance espagnole dans ce camp ? Si oui, pour quelle(s) raison (s) ?