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Thieux. L'histoire des tisserands indiens

  • Date :

    1785-1787

  • Notice historique :

    Entre 1785 et 1787, une colonie indienne s'installe à Thieux, à côté de Dammartin-en-Goële, dans le but de développer une industrie de toiles indiennes dont la mousseline, une toile fine, transparente et vaporeuse, est alors fort prisée par l'aristocratie. Le projet de cette installation revient à Pierre-André de Suffren de Saint-Tropez, qui est alors vice-amiral de France, bailli de l'Ordre de Malte et qui mène la marine française en Inde contre les Anglais et les Hollandais. Un rapport de Suffren est examiné par M. de Calonne, contrôleur général des finances qui s'entretient avec le roi Louis XVI de cette proposition. Le projet envisageait de procéder au transport des Indiens et de les réunir dans un lieu isolé des autres manufactures. Une fois familiarisés avec la langue et les usages français, ils devaient former des élèves et favoriser ainsi l'essor d'une nouvelle industrie prometteuse.

    Suffren quitte le Comptoir de Pondichéry pour la France, le 25 septembre 1783, et transporte un groupe d'Indiens, hommes et femmes, qui travaillaient comme fileurs et tisserands et provenaient du Sud de l'Inde. Après un long voyage, ils débarquent à Marseille en août 1784 et l'un des quatre intendants du commerce du Royaume, Jean-Jacques Maurille-Michau de Montaran, décide de les accueillir dans son château de Thieux. Une petite escorte armée les conduit à travers le pays et ils parviennent à Thieux en octobre 1785. Leur passage suscite l'étonnement:

    "Les familles indiennes ramenées en France par M. de Suffren pour établir des filatures de coton et d'indiennes sont passées par Lyon la semaine dernière. La singularité de leurs costumes, leurs physionomies basanées, les anneaux d'or pendus à leurs oreilles, les bracelets d'or portés par les hommes ont excité la curiosité. Cette colonie qui venait de Malte a couché au faubourg de la Guillotière et a continué le lendemain sur Paris". (Journal de Lyon, 28 septembre 1785)

    Au départ, ce qui prend le nom de colonie indienne en France est composé de 14 hommes et 38 femmes qui se divisaient en douze tisserands simples ou qualifiés, un blanchisseur, un apprenti, un barbier, quatre dévideuses et 26 fileuses, auxquelles s'ajoutaient six autres femmes. Un des Indiens portait le nom de Pragachen et un prénom chrétien, Louis, il connaissait un peu de français et servait d'interprète à ses compagnons. Les archives conservent les noms, retranscrits plus ou moins exactement, des femmes, Annama, Hiersemey, Theylamey, Cannacama, Nagou, et des hommes, Wirchety, Mouthias, Comoropain, Mouttomomora.

    Des ateliers sont installés dans les caves du château et une industrie de cotonnades prend forme rapidement à partir de techniques de tissage à la façon indienne. On considéra que la manufacture était suffisamment en activité pour recevoir des élèves choisis parmi les jeunes villageois de Thieux. Les conditions de séjour de ces Indiens restent mal connues: ils bénéficiaient d'un salaire et de vivres mais les traces de rébellions, qui occasionnèrent l'intervention de la Maréchaussée, laissent percevoir des tensions entre les ouvriers et les contremaîtres; une partie des caves semble même avoir été transformée en prison et les sources évoquent l'emprisonnement de quatre Indiens [rebelles]. Le froid et la maladie entraînent le décès de plusieurs membres de la communauté qui sont enterrés dans le parc ou autour du château. Le sieur Marchand, chirurgien en chef de l'Académie royale de Juilly, effectue plus de 240 visites à la colonie en moins de deux ans. Plusieurs naissances aussi ont lieu durant ce séjour, comme en témoigne la mention du baptême, le 9 juin 1786, de Marie Louise fille naturelle indienne.

    C'est une erreur d'appréciation qui conduit à l'échec de cette expérience. En effet, les Indiens ne sont pas ceux qui étaient prévus: issus de l'Inde du Sud, ils ne savaient tisser que des toiles d'une grosse filature et non des tissus fins comme au Bengale, situé au Nord de l'Inde. La décision est donc prise de les renvoyer chez eux et ils quittent Thieux le 1er septembre 1787 puis embarquent à Lorient. À leur départ, ils n'étaient plus que 16 hommes et 30 femmes: 2 hommes et 8 femmes manquaient mais 12 enfants furent comptabilisés. Un chroniqueur tamoul de l'époque, Irandam Viranaiker Natkurippu, a consigné la date de retour, le 21 juillet 1788, de ces tisserands indiens revenus de France après une longue absence.

    En hommage à cette présence éphémère, une croix, disparue aujourd'hui, appelée Croix noire ou Croix des indiens, est apposée par les habitants, peu après leur départ, au lieu-dit La Ferme de Stains et portait l'inscription Croix érigée en mémoire des Indiens résidant à Thieux.

  • Sources complémentaires :

    Sources

    AD77,Archives municipales de Thieux, Registres paroissiaux.

    Archives nationales, série F12, Commerce et industrie.

    Service historique de la Défense (Lorient), Archives de la Compagnie des Indes.

    Image : Jean-Baptiste Marie Poisson, Tisserand, Gravure, 35x25 in Pierre Sonnerat, Voyage aux Indes orientales et à la Chine fait par ordre du Roi, depuis 1774 jusqu'à 1781, Paris, Froule, Nyon et Barrois, 1782, Tome1, pl.22, p.105, Bibliothèque nationale de France, FB-38462.

  • Références :

    BELLONI,Jeannine, «Histoire insolite des Indiens de Thieux», Généalogie briarde, 2013, n°93, p.36-42.

    BERMANN,Francis, «Les indiens de Thieux», Monuments et Sites de Seine-et-Marne, n°40, 2008, p.29-32.

    GOBALAKICHENANE,M., «L'arrivée des tisserands de Pondichéry en France», Lettre du Cercle culturel des Pondichériens, n°59, 2008, pp.2-3.

    MARICHAL,Paul, «Une colonie indienne à Thieux, près Dammartin-en-Goëlle (1785-1787)», Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France, vol.22, 1895, pp.44-62 et pp.85-95.

    VIAL,H., «Une visite à la colonie indienne de Thieux en 1786», Bulletin de la Société d'histoire de Paris et de l'Île-de-France, vol.28, 1901, pp.143-144.

    VISEUX,Micheline, «Les Indiens de Thieux», Bulletin de la Société d'histoire et d'Archéologie de la Goële, n°26, 1996, p.19-24.

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