Quartier des Courtillières à Pantin (Pantin, Seine-Saint-Denis)

  • Date :

    1954

  • Notice historique :

    Située au nord-est de Pantin et à l'extrême ouest de Bobigny, la cité des Courtillières est l'oeuvre de l'architecte Émile Aillaud et représente l'aboutissement de l'un des grands chantiers architecturaux engagés par la commune de Pantin au cours des années cinquante et soixante. Nommé en 1954, il est chargé de ce projet par le ministère de la Reconstruction et du Logement, alors dirigé par Pierre Dalloz.

    Le plan-masse (plan d'ensemble à échelle réduite du pré-projet d'un quartier devant être construit ou rénové) de la zone nommée «Pantin-Bobigny» prévoyait l'édification de trois mille logements sous forme de barres et de tours ordonnées en séries d'ensembles de tours en forme de rubans, de tours polygonales ou rectilignes, architecture qui s'imprègne fortement des théories de la cité-jardin, respectueuses d'un environnement supposément harmonieux alliant le minéral au végétal.

    Quatre lots de terrains sont délimités par Aillaud et doivent accueillir les projets des nouveaux acteurs du logement créés par le gouvernement dans le cadre du Plan Courant (du nom du ministre indépendant de la Reconstruction Pierre Courant, ancien maire du Havre) ayant pour principal objectif l'édification rapide et massive de logements neufs. Les terrains sont partagés entre deux organismes nationaux, la Société centrale immobilière de la Caisse des dépôts et consignations (SCIC) et l'Office central interprofessionnel du logement (OCIL), un nouvel acteur départemental, la Société d'économie mixte du Conseil général de la Seine (future SEMIDEP) fondée en avril 1955 et l'Office public d'HLM de la ville de Pantin.

    En réponse à l'appel de l'Abbé Pierre du 1er février 1954 pour lutter contre la crise du logement, la construction de cent-cinquante logements d'urgence est décidée à moins de deux kilomètres de la Porte de la Villette, sur des parcelles correspondant en partie à l'ancienne zone de servitude militaire du Fort d'Aubervilliers, déclassée en 1927 et reclassée en tant que «zone non affectée» par le Plan d'aménagement de la région parisienne. Majoritairement constitué de terres agricoles encore occupées à l'époque par des maraîchers et des jardins ouvriers, le lieu-dit «les Courtillières» jouxte plusieurs communes et se trouve à proximité des Quatre Routes, point de convergence entre La Courneuve, Drancy, Bobigny, Pantin et Aubervilliers.

    La cité des Courtillières est finalement édifiée entre 1954 et 1966. Aillaud décide de créer une cité-parc qui comprend un immeuble serpentant sur plus d'un kilomètre de long, dénommé le «Serpentin», qui incluse, en son centre, un parc d'environ quatre hectares planté de mille cinq cent arbres, des aires de jeux, des pistes de patinage et de longues promenades. En 1957, le «Serpentin» est constitué de trois tronçons ouverts sur le parc et sur l'extérieur, de neuf tours en étoiles de treize étages ainsi que de deux bâtiments bas, auxquels Aillaud ajoute au fur et à mesure sept nouvelles tours en étoiles et quatre autres bâtiments. Les premiers logements du «Serpentin» sont livrés au cours de l'été 1958. La cité des Courtillières forme une ville nouvelle qui est équipée d'infrastructures et d'équipements nouveaux: une crèche, une halte-garderie, un groupe scolaire, des écoles primaire et maternelle, deux gymnases et un centre de protection maternelle et infantile y sont implantés.

    À la fin des années 1950, les logements des Courtillières incarnent confort et modernité. Occupée à l'origine en grande partie par des familles ouvrières françaises, venues de Paris ou de Pantin pour la majorité d'entre elles, la cité accueille peu à peu des populations originaires de banlieue et d'autres régions françaises ainsi que des populations immigrées provenant principalement d'Espagne et d'Afrique du Nord, ainsi que des rapatriés d'Algérie et de Tunisie. Les premiers résidents de la cité sont, pour bon nombre d'entre eux, de jeunes ménages actifs possédant en moyenne deux enfants. Quelques appartements de quatre ou cinq-pièces sont attribués aux familles nombreuses. Le quartier se caractérise à cette époque par une population particulièrement jeune: les moins de 14 ans constituent près de la moitié de la population (43%) tandis que les plus de 65 ans n'en représentent que 1%. Le prix des locations est généralement plus avantageux aux Courtillières que dans les quartiers alentour. Également connue sous l'appellation de «paradis des travailleurs», la cité jouit d'une bonne réputation dans les années soixante et est très appréciée pour ses commerces prospères et l'aménagement de ses espaces.

    La cité demeure néanmoins très mal desservie par les transports en commun. Le métro ne franchit pas la Porte de la Villette et les autobus ne desservent que des arrêts très éloignés de la cité-parc. Au début des années 1970, le quotidien des habitants des Courtillières commence à se détériorer et l'image du quartier à se ternir. Les gestionnaires et la Ville se désintéressent peu à peu de la cité, entraînant le départ des résidents les plus aisés vers des quartiers pavillonnaires. La désindustrialisation des banlieues parisiennes, l'augmentation du chômage ainsi que le développement du commerce et de la consommation de drogues dures contribuent à accentuer ce phénomène. Le renouvellement de l'équipe municipale aux élections de 1977 permet de redonner un second souffle à la cité. Le dialogue entre les résidents et la municipalité se rétablit et permet l'engagement d'une véritable coopération. L'arrivée du métro au Fort d'Aubervilliers en 1979 et la réhabilitation de certains logements permettent de résorber quelques unes des difficultés accumulées depuis les années 1960. Les conséquences de la crise économique conjuguées aux différends politiques entre l'État, la région, le département et les villes de Paris et de Pantin amplifient par la suite la dégradation des conditions sociales et de l'habitat.

    Le quartier populaire et multiculturel des Courtillières comporte des dizaines de nationalités représentées dans une population qui compte à la fois des familles issues du Portugal, d'Algérie, de Tunisie, du Mali, du Congo ou du Sri-Lanka. Un premier projet de rénovation urbaine est amorcé en 2002 et ne débute qu'en mars 2006, après un processus de concertation avec les habitants du quartier. Une mise aux normes des logements anciens et la construction de nouveaux sont alors entrepris. Reconnu comme Suvre du patrimoine architectural du XXe siècle, incarnant le Mouvement Moderne, le quartier des Courtillières fait aujourd'hui l'objet d'une convention ANRU (Agence nationale pour la rénovation ubaine).

  • Sources complémentaires :

    Sources d'archives

    ●Archives municipales de Pantin

    Dossiers U094, 282W6, 009W41, 154W25, 40W13, 154W50, Témoignage de Jacques Isabet, entretien avec Benoît Pouvreau, 9 février 2004.

    Iconographie:

    2Fi489. La place du marché aux Courtillières. 7Fi1395. Les tours en étoile et le serpentin des Courtillières depuis les jardins-ouvriers, 2004.

    ●Archives départementales de Seine-Saint-Denis

    408J. Fonds du Centre pour la communication et la formation dans l'espace local (CCFEL). LesAD. articles 15, 25, 29, 31 et 36 concernent les actions menées aux Courtillières en matière d'action sociale (sensibilisation, intervention, formation, prévention) (1994-1997).

    Iconographie:

    4 cartes postales. 2Fi Pantin/55, 2Fi Pantin/56, 49Fi/5775, 49Fi/6228.

    ●Archives nationales

    CAC770829, art. 3-5.

    19980440/1-19980440/29, Urbanisme ; Direction de l'habitat et de la construction ; Sous-direction de l'action régionale et sociale ; Bureau de la gestion des financements. Cote: 19980440/2: Démolition de la cité d'urgence Les Courtillières de Pantin et de la cité d'Orly, correspondance, plans de masse, notes (1960-1973).

    19820108/1-19820108/24, Services communs urbanisme transports ; Cabinet et services rattachés au Ministre ; Inspections générales MINISTERE DE LA RECONSTRUCTION ET DU LOGEMENT RAPPORTS DE L'INSPECTION GENERALE ANNEE 1956. Cote: 19820108/19 IG 426: Rapport au Ministre (n°IG. 59-74): le Grand Ensemble de PANTIN-BOBIGNY, opération "Les Courtillières". Etabli par M. HAMONIAUX. 05.11.1959.

    ●Centre d'archives de l'Institut français d'architecture

    078IFA, Fonds Émile Aillaud (1902-1988), 1149/4, 1152/5, 1203/1. Chapitre C. Quartier des Courtillières et extensions, Pantin (1955-1969). Inventaire complet, réalisé par Eric Furlan, Marianne Lefrançois, Maud Marzolf, Julien Watrin, Barbara Houzelot sous la direction de Gilles Ragot puis Eric Furlan et mis à jour le15 mars 2003, URL : http://archiwebture.citechaillot.fr/fonds/FRAPN02_AILEM/inventaire (consulté le 15 mai 2015).

    Fonds Aillaud, Emile (1902-1988), Photographies des Courtillières, Pantin, 1955-1965.

    Ressources audiovisuelles

    ●Archives départementales de Seine-Saint-Denis

    2AV et 6AV, Pantin, documents sur la commune ou réalisés par ses services: films amateurs muet (1964-1979) sur des événements locaux à Pantin, dont une chronique familiale à la cité des Courtillières (19 éléments, 1962-2001).

    ●Archives de Radio France, France Culture

    Vivre sa ville | été 08 par Sylvie Andreu. Les Courtillières d'Emile Aillaud à Pantin, en débat (rediffusion) 24.08.2008 - 07:02 (France culture), URL : http://www.franceculture.fr/emission-les-courtilli%C3%A8res-d-emile-aillaud-%C3%A0-pantin-en-d%C3%A9bat-2008-03-02.html (consulté le 15 mai 2015).

    ●Institut national de l'audiovisuel

    CAF91022873, Inauguration d'un groupe de HLM à Pantin, JT NUIT, grand ensemble Les Courtillières (10/10/1958).

    CAF97502051, Plus grand immeuble de France, JT NUIT, grand ensemble Cité des Courtillières (07/08/1959).

    CPD98004847, De ce côté du monde : 33 parc des Courtillières, document appartenant a l'INA diffusé sur F3 dans "la case de l'oncle doc", grand ensemble Les Courtillières (18/01/1999).

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    Webographie

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    ECP Une vue aérienne des Courtillières, avec ses couleurs d'origine, 1971 ECPAD, La Documentation française, Interphotothèque. Photo: Michel Brigaud. Architecte: Emile Aillaud, URL : http://www.ville-pantin.fr/parcours_architecture8.pdf (consulté le 15 mai 2015).

  • Légende/crédits :

    Légendes des documents numériques associés

    Doc 1. Abeille cartes, Pantin - Les Courtillières - Au fond, la tour de l'Illustration, Carte postale, 10x15, ca. 1970-1985, Archives départementales de Seine-Saint-Denis, 2Fi Pantin/55.

    Doc 2. Photogravure Raymon, La cité des Courtillières, Carte postale, 10x15, ca. 1970-1985, Archives départementale de Seine-Saint-Denis, 49Fi/6228.

    Doc 3. Photogravure Raymon, « Les Courtillières », avenue de la Division Leclerc, Carte postale, 10x15, ca. 1965-1969, Archives départementales de Seine-Saint-Denis, 49Fi/7629.

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