Quartier des Quatre-Chemins " Petite Prusse " (Aubervilliers, Pantin ; Seine-Saint-Denis)

  • Date :

    Vers 1850

  • Notice historique :

    Le nom de Quatre-Chemins est celui d'un lieu-dit porté par un carrefour sur l'ancienne route des Flandres (nationale 2) à la limite des deux communes de Pantin et d'Aubervilliers, non loin de la Porte de la Villette. À la fin des années 1850, le faubourg des Quatre-Chemins s'étend peu à peu au-delà des fortifications, construites au milieu du XIXe siècle pour protéger la capitale. De part et d'autre de la route de Flandre, qui mène de Paris à Compiègne, ce quartier s'étend sur les communes de Pantin et d'Aubervilliers dans un environnement encore très rural: les terres agricoles d'Aubervilliers jouxtent alors les parcelles maraîchères de Pantin et de nombreux espaces restent encore vierges de toute construction. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le quartier des Quatre-Chemins accueille de nombreuses entreprises industrielles qui se déplacent hors de Paris, notamment du quartier de La Villette, à la recherche de plus vastes locaux.

    Dans les années 1850-1870, les Quatre-Chemins abritent une importante population ouvrière et de nombreux salariés qui travaillent dans de petits et moyens établissements tels la manufacture Delabarre, la verrerie Nicolle ou la fabrique de bougies Jourdain. On y trouve également de plus grandes usines comme la verrerie Vidié ou la raffinerie Sarrebourse. Les ouvriers journaliers, employé à la journée, ou les manSuvres, récemment arrivés des régions rurales et pauvres, comme la Bretagne, ou d'origine étrangère, côtoient les ouvriers plus qualifiés et spécialisés dans la métallurgie et la verrerie. L'industrialisation et l'urbanisation croissantes du quartier entraînent l'ouverture de plusieurs hôtels meublés, les «garnis», destinés à loger les ouvriers célibataires et leur famille. Une grande partie des propriétaires de ces logements sont originaires de l'Est de la France ou d'Allemagne.

    À partir des années 1860, le quartier des Quatre-Chemins attire de nombreux migrants à la recherche de loyers modérés et en quête de travail dans le secteur industriel alors en pleine expansion. Des Alsaciens et des Lorrains auxquels viennent s'ajouter des Allemands, des Belges, des Luxembourgeois et des Suisses rejoignent le quartier. Suivant le recensement municipal d'Aubervilliers de 1866, les étrangers représentent parfois entre 15 et 20% des habitants de certaines rues.

    Après la guerre franco-prussienne de 1870-1871, environ 250.000 réfugiés d'Alsace-Lorraine, qui refusent l'annexion de leurs territoires par l'Empire Allemand, franchissent la nouvelle frontière et certains d'entre-eux rejoignent la région parisienne. Ils contribuent à l'expansion de nombreuses usines et entreprises qui se développent alors à Pantin et Aubervilliers. C'est le cas de la filature Cartier-Bresson qui s'installe à Pantin entre l'ancienne route de Flandres (aujourd'hui avenue Jean Jaurès) et la rue Gabrielle Josserand. L'entreprise emploie un grand nombre de réfugiés et d'immigrés et développe une forme de paternalisme inspirée par le catholicisme social: les employeurs procurent le logement aux ouvriers, contribuent à la construction de lieux de culte, comme l'église Sainte-Marthe à Aubervilliers, et d'écoles. Dans la dernière décennie du XIXe siècle, le quartier des Quatre-Chemins reçoit alors l'appellation péjorative de «Petite Prusse», les étrangers d'Aubervilliers et de Pantin demeurant massivement originaires des pays frontaliers du Nord-Est de la France.

    Dans les années 1900 et 1910, de nombreux immigrés italiens et espagnols accentuent la diversification des populations et modifient le visage du quartier des Quatre-chemins. Nombreux sont ceux qui travaillent dans l'usine chimique toute proche de Saint-Gobain, située à Aubervilliers. Les premiers immigrés issus de l'Algérie et du Maroc forment des contingents non négligeables dès le début des années 1920. Après la guerre, les communautés de Nord-Africains augmentent numériquement et s'installent dans des cafés-hôtels, des immeubles puis dans des foyers administrés par la Société nationale de construction de logements pour les travailleurs Algériens (Sonacotra), créée en 1956. Pendant la guerre d'indépendance algérienne, certains cafés du quartier deviennent les points de rencontre des militants du FLN (Front de libération nationale) et du MNA (Mouvement national algérien) présents dans la région parisienne.

    Frappé par la désindustrialisation massive des banlieues industrielles et par la crise économique, à partir des années 1970, le quartier des Quatre-Chemins se transforme profondément et se caractérise par un appauvrissement général de la population. Dans le dédale des rues, des allées et impasses, de nombreux locaux industriels désaffectés ont été transformés en entrepôts en particulier par des entrepreneurs chinois, pour la plupart originaires de la province de Wenzhou, à côté de Shangaï. La vente et le commerce en gros d'articles textiles et de maroquinerie sont devenus l'une des spécialités économiques du quartier, carrefour d'une activité d'import-export international. Les communautés chinoises ont permis le développement de nombreux ateliers de confection et embauchent essentiellement une main-d'Suvre de compatriotes dont ils financent le voyage et qui s'engagent à travailler pour eux jusqu'au remboursement de leur dette, généralement dans des conditions difficiles.

    Aujourd'hui quelques vestiges de ce passé, lié au développement économique et à l'histoire de l'immigration, sont encore visibles comme l'école Jean Macé ou l'église Sainte-Marthe à Aubervilliers. À la fin des années 2000, les villes d'Aubervilliers et de Pantin décident de faire revivre l'histoire de la «Petite Prusse» et le patrimoine immatériel qui y est associé. Récits de vie, documents iconographiques et balades urbaines sont présentés et organisés à l'occasion de journées d'études ou des journées du patrimoine, rassemblant habitants du quartier, historiens et sociologues.

  • Sources complémentaires :

    Sources d'archives

    ●Archives municipales d'Aubervilliers

    Guide des sources. Description des séries pour la recherche de documents sur « La petite Prusse », « Le quartier des Quatre Chemins », « La généalogie et la démographie », « L'immigration à Aubervilliers », publication des Archives municipales d'Aubervilliers, avril 2008.-, URL: http://www.aubervilliers.fr/IMG/pdf/notice_descriptive_du_fonds.pdf (consulté le 15 mai).

    Bibliographie. Histoire et vie communale d'Aubervilliers. Sélection proposée par les Archives municipales, URL: http://www.aubervilliers.fr/article123.html (consulté le 15 mai).

    Fonds Chagnoleau. Photos d'architecture pour décors de théâtre (déjà numérisées).

    Iconographie:

    Collections du photographe de la Ville pour des portraits et scènes de vie aux Quatre-Chemins.

    Collection de cartes postales.

    ●Archives municipales de Pantin

    Ville de Pantin. Guide des sources sur l'histoire du quartier des Quatre-Chemins (Pantin-Aubervilliers) par Pierre-Jacques Derainne.

    Iconographie:

    Collection de cartes postales.

    ●Archives départementales de Seine-Saint-Denis

    Collection de cartes postales.

  • Références :

    BELLANGER Emmanuel, Pantin, mémoire de ville, mémoires de «communaux»: XIXe et XXe siècles, Pantin, Archives municipales de Pantin, 2001, 264p.

    BLANC-CHALÉARD Marie-Claude, «Immigration, vie politique et politique en banlieue parisienne (fin XIXe-XXe siècles)», Vingtième Siècle, n°46, 1995, pp.185-188.

    BERAHA Richard, (dir.), La Chine à Paris. Enquête au cSur d'un monde inconnu, Paris, Robert Laffont, 2014, 307p.

    DESSAIN Jacques, FATH Claude, KARMAN Jean-Jacques, Histoire des rues d'Aubervilliers, 3 vol., Aubervilliers, Éditions du journal d'Aubervilliers, 1984-1987, 288p.

    HUMBERT Paul, Pantin: évolution démographique, Mémoire de maîtrise, Paris, Université de Paris La Sorbonne, 1970, n.p.

    LILLO Natacha, Espagnols en "banlieue rouge": histoire comparée des trois principales vagues migratoires à Saint-Denis et dans sa région au XXe siècle, 3 vol., Thèse d'histoire, Paris, Institut d'études politiques, 2001, 966p.

    LILLO Natacha, (dir.),Histoire des immigrations en Île-de-France de 1830 à nos jours, Paris, Publibook , 2012, 220p.

    PELLEN Michelle, L'Évolution urbaine de Pantin, Diplôme d'études supérieures, Paris, Université Paris La Sorbonne, 1956, 154p.

    POURTEAU Roger, Pantin: deux mille ans d'histoire, Paris, Temps actuels, 1982, 203p.

    Webographie

    «La petite Prusse. Histoire et Mémoires du quartier des Quatre-chemins Aubervilliers-Pantin», Proposé par les villes d'Aubervilliers et de Pantin et le Service du patrimoine culturel du ConseilGénéraldelaSeine-Saint-Denis,URL: http://www.aubervilliers.fr/article4985.html (consulté le 15 mai 2015).

    Villette-Quatre Chemins, blog du quartier, URL: http://villette-quatrechemins.aubervilliers.fr/ (consulté le 15 mai 2015).

  • Légende/crédits :

    Légendes des documents numériques associés

    Doc 1. Ch. S., Impr. Photoméc. «8. Quatre chemins. Entrée de la route de Flandres», Carte postale, 9x14, ca.1903, Archives municipales d'Aubervilliers, 4Fi379.

    Doc 2. Auteur inconnu, «59. Pantin. La salle des Fêtes des Quatre-Chemins et le square», Carte postale, 9x14, ca. 1900, Archives municipales, Pantin, 2Fi161.

  • Mots-clés