Foyer "Nouvelle France" à Montreuil (Montreuil, Seine-Saint-Denis)

  • Notice historique :

    Créé au milieu des années 1960, le foyer de travailleurs migrants appelé par la suite «Foyer Nouvelle France» est dès le départ conçu comme une modalité d'hébergement provisoire. Situé alors le long de la rue Léon-Gaumont dans le XXe arrondissement de Paris, aujourd'hui avenue Benoît Frachon, ses bâtiments dépendent administrativement de la commune de Montreuil. Géré par un propriétaire privé une agence de voyage , il est officiellement autorisé par la préfecture de la Seine en 1969. À sa création, ce foyer compte plus de six cents résidents issus de pays de l'Afrique subsaharienne, pour la plupart du Mali, de Mauritanie et du Sénégal.

    Déclaré insalubre en 1972, la bâtiment du foyer n'est détruit qu'en décembre 1980 dans le cadre d'une opération de rénovation urbaine qui concerne le quartier dans son entier. Son emplacement d'origine abrite aujourd'hui un centre commercial. Par une convention de relogement du 20 mai 1981, la préfecture et la ville de Montreuil s'engagent à reloger au moins deux cents résidents du foyer sur le même terrain, dans un établissement neuf. Dans l'attente de la réalisation de ces travaux et du relogement envisagé, de nombreux migrants acceptent un hébergement provisoire et sont installés rue de la Nouvelle France, dans le quartier des Murs à Pêches, séparé du reste de la ville par l'autoroute A186. Cet habitat, qui devait être limité à 18 mois, prend place dans des baraques de chantier situées sur un terrain appartenant à l'Agence foncière et technique de la région parisienne (AFTRP), établissement public à caractère industriel et commercial créées par l'État en 1962. Les variations de températures sont très importantes dans ces baraquements préfabriqués et rendent les conditions de vie très difficiles, en hiver comme en été. Aux alentours de ces baraques, des terrains vagues et des parkings composent un environnement semi-industriel où s'installent des ateliers de mécanique et de vente de pièces détachées d'automobiles.

    En décembre 1984, des travaux de reconstruction sont entamés sur le terrain de la rue Léon-Gaumont mais ils sont arrêtés par le nouveau maire communiste Jean-Pierre Brard, qui refuse l'établissement de ce qu'il dénomme un nouveau «foyer-ghetto» dans le Bas Montreuil, à quelques centaines de mètres du Foyer Bara. Le chantier est donc interrompu et le projet définitivement enterré. Le maintien des emplacements rue de la Nouvelle France se prolonge ainsi et les logements provisoires, conçus pour une durée limitée, se dégradent progressivement. En 1992, un nouveau plan envisagé par la Ville de Montreuil propose le relogement des habitants du foyer dans d'anciens hôtels meublés, rénovés et dispersés entre Paris et la banlieue proche. En octobre 1994, les résidents de Nouvelle France visitent les premiers sites achevés, à Paris, Montreuil et Asnières, et constatent que les logements proposés ne correspondent en rien à l'infrastructure collective et communautaire du foyer à laquelle ils étaient habitués; seuls treize des 336 résidents que comptaient les baraquements 200 locataires en titre et 136 occupants en situation régulière hébergés en surnombre acceptent finalement l'offre.

    En 1995, un arrêté municipal déclare insalubres les logements de la rue de la Nouvelle France: une partie des baraquements est démolie et ses résidents sont expulsés. L'ensemble est définitivement rasé le 4 juillet 1996, sans qu'aucun nouveau résident n'ait intégré les sites proposés par les autorités. Durant les années suivantes, Montreuil est le théâtre de nombreuses manifestations de soutien aux expulsés de Nouvelle France à l'initiative de simples citoyens et de militants politiques d'extrême gauche. Les anciens résidents occupent successivement plusieurs immeubles et ces occupations donnent lieu chaque fois à des expulsions. En 1996, le groupe des résidents s'installe finalement dans un entrepôt de la rue du Centenaire, dans le Bas Montreuil, et forment une association de locataires qui tentent de défendre les positions acquises dans les négociations avec la mairie ou la préfecture. À la fin des années 2000, ce foyer, qui abrite un peu moins de 200 personnes, dispose d'une cuisine collective, d'un café et d'une salle de réunion. Le 19 avril 2013, en concertation avec le comité des résidents du foyer, la mairie engage le projet d'une nouvelle résidence sociale, le "Foyer du Centenaire", dont la livraison est programmée pour la fin de l'année 2015.

  • Sources complémentaires :

    Sources d'archives

    ●Archives municipales de Montreuil

    (Il n'existe pas d'instrument de recherche détaillé. Les intitulés sont ceux mentionnés sur les cartons et dossiers).

    Carton «Immigration 3 Foyer Nouvelle France» (1987-1997).

    Registres des naturalisations (1889-1946).

    Carton «Immigration Racisme» (1983-2005). [foyer Nouvelle France (1992); Foyer Nouvelle France: l'urgence humanitaire (1996)].

    Carton «immigration» (années 1970-1980).

    Carton «foyers migrants de 1969-1973 (secrétariat des secrétaires généreux)».

    Carton «immigration» (1969-1981).

    Dossier à chemise «Immigrés» (env. 1975-1981).

    Dossier à chemise «Louis Odru. Immigration (1977-1986)».

    ●Archives nationales

    20050150/74, Résorption et relogement des résidents du foyer de la Nouvelle France à Montreuil (1986-1997).

    19940294/7/CAB657, Situation des foyers d'immigrés et travailleurs étrangers : dossier sur la résorption du Foyer Nouvelle France à Montreuil-sous-Bois (1987-1992).

    20050150/73, Emploi, cohésion sociale et logement ; Commission interministérielle pour le logement des populations immigrées. Suivi des foyers et contrôles, demandes de financement (classement par région et par département). 1964-2001, s.d. Seine-Saint-Denis. Foyer rue Léon Gaumont à Montreuil-sous-Bois.- Étude sur la résorption et la reconstruction d'un nouveau foyer et la situation des foyers africains (1975-1985).

    20050591/1, Emploi, cohésion sociale et logement ; Commission interministérielle pour le logement des populations immigrées. Tirages noir et blanc. Seine-Saint-Denis, n° 23-32, Montreuil, Foyer taudis, rue Léon Gaumont (1977-1984).

    ●Musée national de l'histoire de l'immigration. Médiathèque Abdelmalek Sayad.

    Fonds A. Sayad. 145. Association pour l'accueil et la formation des travailleurs migrants (AFTAM): «Étude d'un foyer de travailleurs immigrés à Montreuil», mémoire ms. Inventaire en ligne dans Odysséo, URL: http://odysseo.generiques.org/resource/a011415807749vltsf4.

    ●Agence photographie de l'Agence France Presse

    AGENCE FRANCE-PRESSE, agence photogr., France, expulsion de logements, 1990-1996, Paris, Agence France-Presse, [1990-1996][20 photogr., pos., coul., 18 x 24 mm]. Sous-notice 20: Montreuil : Des maliens sont rassemblés avec leurs affaires à proximité du foyer d'où ils viennent d'être expulsés (04/07/96) [aut. : Gérard Fouet].

    AGENCE FRANCE-PRESSE, agence photogr., Immigration en France, 1989-1997, Paris, Agence France-Presse, [1989-1997][114 photogr., pos., coul., 24 x 36 mm]. Sous-notice 48: Montreuil : Des centaines de personnes manifestent en soutien des travailleurs maliens expulsés du foyer Nouvelle France (06/07/96) [aut. : Jack Guez].

    ●Musée d'histoire vivante de Montreuil

    Collections des photographes P. Nussbaum, P. Deleporte et anonyme.

    Ressources audiovisuelles

    GUILLÉ Anne, COHEN Norbert, Nouvelle France, Reportage FR3 IdF diffusé le 3 novembre 1995. Réalisation et montage : Michael Hoare. Images supplémentaires : Jamshid Golmakani, Jean-Pascal Racmanoff, Bernard Verstraeten. Images d'Afrique tiré d'Ici et là-bas, 1988, JBA Productions. Production : Avenir Vivable. Dates de tournage et de montage : décembre 1995 à janvier 1997. Durée : 51 minute, URL: http://www.avenirvivable.ouvaton.org/films/nouvelle_france.html (consulté le 15 mai 2015).

    HOARE Michael, HEINZMANN, Un foyer manque à Montreuil. Reportage, coul., 80 minutes, Paris, Avenir Vivable, 1997. [Le réalisateur a suivi les résidents africains du foyer de la "Nouvelle France" à Montreuil, après la destruction de celui-ci en juillet 1996 et leurs tribulations depuis cette expulsion à travers leurs squatts successifs. Des commentaires recueillis auprès de citoyens ou de conseillers municipaux de Montreuil éclairent l'enjeu de cette bataille dans le contexte politique de la ville et plus largement dans le contexte national. Avec l'avenir des foyers immigrés africains se joue celui de "l'intégration républicaine", selon la capacité de la République à tolérer ou non des modes de vie fondés sur la solidarité collective. Ce film est la suite de "Nouvelle France". (Source : Catalogue national des films documentaires pour les bibliothèques publiques).] URL: http://www.avenirvivable.ouvaton.org/films/foyermontreuil.html (consulté le 15 mai 2015).

  • Références :

    BERNARDOT Marc, «Chronique d'une institution: la "Sonacotra" (1956-1976)», Sociétés Contemporaines, n°33-34, 1999, pp.39-58.

    BERNARDOT Marc, «Les foyers de travailleurs migrants à Paris. Voyage dans la chambre noire»,Hommes et migrations, n°1264, 2006, p.57-67.

    BERNARDOT Marc, Loger les immigrés. La Sonacotra 1956-2006, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du croquant, 2008, 296p.

    BLANC-CHALEARD Marie-Claude, «Les immigrés et le logement en France depuis le XIXe siècle. Une histoire paradoxale», Hommes et Migrations, n°1264, 2006, pp.20-34.

    BLUM-LE COAT Jean-Yves, «Les migrations africaines en Île-de-France», in Natacha Lillo (dir.),Histoire des immigrations en Île-de-France de 1830 à nos jours, Paris, Publibook, 2012, pp.179-198.

    BRUNET Jean-Paul, (dir.), Immigration, vie politique et populisme en banlieue parisienne (fin XIXe- XXe siecles), Paris, L'Harmattan, 1995, 394p.

    DESRUMAUX Gilles, «Étranges étrangers, étranges foyers!», Écarts d'identité, n°115, 2009, pp.29-37.

    DEVRIENDT Arthur, Les Maliens de Montreuil, des «quêteurs de passerelles», Master 1, Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2007, 134 p.

    FIEVET Michel, Le livre blanc des travailleurs immigrés des foyers: du non-droit au droit, Paris, L'Harmattan, 1999, 272p.

    GINESY-GALANO Mireille, Les immigrés hors la cité: le système d'encadrement des foyers (1973-1982), Paris, L'Harmattan, 1984, 396p.

    HMED Choukri, Loger les étrangers «isolés» en France. Socio-histoire d'une institution d'État: la Sonacotra (1956-2006), Thèse de sciences politiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2006, 669p.

    JAULIN Béatrice, Les Roms de Montreuil 1945-1975, Paris, Autrement, 2000, 143p.

    MICHALON Anissa et SOTON, Claire, «Natif de Bada. Vit à Montreuil», Communications, n°79, 2006, pp.225-245.

    QUIMINAL Catherine, Gens d'ici, gens d'ailleurs, Paris, Christian Bourgois, 1991, 223p.

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    SAYAD Abdelmalek, «Le foyer des sans-famille», Actes de la recherche en sciences sociales, n°32-33, 1980, pp.89-103.

    TIMERA Mahamet, Les Soninké en France. D'une histoire à l'autre, Paris, Karthala, 1996, 248p.

    TIMERA Mahamet, «L'immigration africaine en France: regards des autres et repli sur soi», Politique africaine, n°67, 1997, pp.41-47.

    VIET Vincent, «La politique du logement des immigrés (1945-1990)», Vingtième Siècle, n°64, 1999, pp.91-103.

  • Légende/crédits :

    Doc 1. Philippe Nussbaum, Foyer Nouvelle France à Montreuil, Négatif, 6x6, ca. 1980, Le musée de l'Histoire vivante, Ph. Patrick Nussbaum/coll. MHV.

    Doc 2. Philippe Deleporte, Foyer Nouvelle France à Montreuil, Négatif, 6x6, ca. 1980, Le musée de l'Histoire vivante, Philippe Delporte/coll. MHV.

    Doc 3. Philippe Nussbaum, Foyer Nouvelle France à Montreuil, Négatif, 6x6, 19 décembre 1987 , Le musée de l'Histoire vivante, Ph. Patrick Nussbaum/coll. MHV.

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