Bidonville de la Campa à La Courneuve (La Courneuve, Seine-Saint-Denis)

  • Date :

    1952

    1950-1980

  • Notice historique :

    Durant près de deux décennies, le bidonville de La Campa à La Courneuve, situé à l'emplacement d'une partie de l'actuel parc Georges-Valbon, a accueilli des centaines de familles, étrangères pour la plupart. Dénommé La Campa, de "campos", par les habitants d'origine espagnole, le site de ce bidonville a été composé, de 1952 à 1971 de dizaines de constructions de fortune qui formèrent l'un des plus importants bidonvilles de la Seine-Saint-Denis. Ce sont d'abord des familles tsiganes venues d'Andalousie, des Gitans, puis des Tsiganes de l'Est européen, des Roms, qui se sont installés près du vieux chemin de Stains sur un terrain inhabité de La Courneuve. Embauchés, entre autres, par des ferrailleurs qui exerçaient au Nord de Paris, ils construisent de premiers habitats précaires, destinés à des périodes temporaires de résidence, au début des années 1950. Alors que des travaux sont entrepris au bidonville voisin du Franc-Moisin à Saint-Denis, et suivant les recommandations insistantes de la Société centrale immobilière de la Caisse des dépôts (SCIC), de nouvelles familles s'installent en août 1961 au bidonville de La Campa. Le provisoire s'inscrit dès lors durablement dans le paysage urbain et les autorités municipales ferment les yeux sur les réalités de la vie quotidienne dans le bidonville.

    À partir du milieu des années 1960, des Portugais, immigrés économiques ou exilés politiques, s'installent massivement à La Campa, à la suite d'expulsion et en l'absence de toute solution de relogement. Peu à peu de nouvelles nationalités viennent gonfler les effectifs: quelques familles françaises cohabitent avec des Espagnols, des Portugais, des Algériens, des Marocains, des Tunisiens et des Yougoslaves. Des districts par nationalité se forment peu à peu en quartiers. Comme dans les autres bidonvilles de la région parisienne, les conditions de vie sont très difficiles: un seul point d'eau est disponible, les rues sont encombrées par la boue et les détritus, les habitations prennent l'eau et les risques d'incendie sont permanent. Ce qui n'était au départ que carton, tôle et matériel de récupération se pérennise peu à peu. Au fil du temps, certaines habitations se sédimentent et des structures plus solides sont édifiées. L'action du père Joseph Wresinski et, à partir de 1961, de l'association ATD (Aide à Toute Détresse, devenue Agir tous pour la dignité) permet la mise en place de services sociaux et d'équipements qui facilitent le quotidien des habitants: un jardin d'enfants, la visite régulière d'un médecin et une infirmerie, une bibliothèque, un service d'assistantes sociales, une laverie sont installés à l'intérieur du bidonville.

    Tout au long des années 1960, le nombre de nouveaux habitants continue de croître, notamment à la fin de la Guerre d'Algérie, lorsqu'arrivent plusieurs centaines d'Algériens entre 1963 et 1964. La destruction progressive des autres bidonvilles de la région parisienne et l'absence de solutions viables de relogement conduisent certaines familles à rejoindre La Campa, véritable carrefour des bidonvilles en Seine-Saint-Denis. C'est le cas des Algériens du bidonville de La Folie à Nanterre qui s'installent à La Campa à la fin des années 1960. En 1966, on compte 2600 personnes, dont 600 familles et 2000 enfants, soit un tiers des populations vivant en bidonville sur le territoire de la Seine-Saint-Denis. La mort de cinq Africains dans un taudis d'Aubervilliers le 1er janvier 1970 accélère la politique de résorption des bidonvilles et conduit au vote de la loi Vivien, du 10 juillet 1970, qui instaure des procédures spéciales d'urbanisme pour faciliter la suppression de l'habitat insalubre. En septembre 1971, le Préfet du département enregistre encore 86 bidonvilles en Seine-Saint-Denis, dont celui de la Campa qui est détruit la même année et remplacé quelques années plus tard par le parc Georges-Valbon. Les familles qui habitaient le bidonville sont relogées, notamment dans les grands ensembles qui entourent le site, comme la cité des 4000, ou dans des cités de transit comme la "Cité verte".

    Le 29 juin 2013, en présence d'anciens habitants de la Campa, le président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis a inauguré une plaque au parc Georges-Valbon, rappelant l'histoire et la mémoire de ce lieu.

  • Sources complémentaires :

    Sources d'archives

    ●Archives municipales de La Courneuve

    2D194, Articles de presse, quelques photographies, recensement des habitants, correspondance (1964-1980).

    Dossier d'articles de presse (1961-2013).

    ●Archives départementales de Seine-Saint-Denis

    78Fi, Fonds du photographe Claude Raimond Dityvon (1937-2008): 100 photographies sur la ville de Bobigny (1975), un bidonville de La Courneuve (1967) et la condition des travailleurs immigrés en Seine-Saint-Denis (1974-1975).

    Sources imprimées

    «Travailleurs immigrés, pour un statut démocratique et social», Le Journal du canton d'Aubervilliers, n°1163, 15 décembre 1967.

    «La Campa, 400 familles qui vivent dans un marécage», Le Journal du canton d'Aubervilliers, n°1065, 28 janvier 1966.

    «La vérité sur le bidonville de La Courneuve», Le Journal du canton d'Aubervilliers, n°1053, 5 novembre 1965.

    VIDAL Francette, «Le bidonville de la Campa», Esprit, 1966, pp.651-661.

    Ressources audiovisuelles

    INA, CAF9317758, La Campa: bidonville de La Courneuve, 1er mai 1968.

  • Références :

    Bibliographie

    Aa. Vv., «Les "invisibles" de La Campa», Seine-Saint-Denis Magazine, n°37, 2014, pp. 38-39.

    BORGES RALID GARKAVIJ Renata, Politiques de logement et modes de gestion urbaine face à l'habitat précaire: regards croisés sur Brasilia et Paris, Thèse en géographie, Paris, Université Paris 4 Paris-Sorbonne, 2013, 392p.

    LILLO Natacha, (dir.), Histoire des immigrations en Île-de-France de 1830 à nos jours, Paris, Publibook , 2012, 220p.

    ROY Jean-Michel, La présence espagnole à La Courneuve au XXe siècle. La conquête du bonheur, La Courneuve, Services de la Culture et Archives-Documentation, 2009, 7p.

    BLANC-CHALEARD, Marie-Claude, «Les Trente Glorieuses: le temps des bidonvilles», Cahiers de l'institut CGT d'histoire sociale, n°103, 2007, p.19-22.

    GASTAUT, Yvan , «Les bidonvilles, lieux d'exclusion et de marginalité en France durant les trente glorieuses», Cahiers de la Méditerranée, n°69, 2004, pp.233-250.

    LALLAOUI Mehdi, Du bidonville aux HLM, Paris, Syros, 1993, 135p.

    GONDOLO Anne, LOHR Évelyne, POUVREAU Benoît, Seine-Saint-Denis (1954-1974), Bobigny, Département de la Seine-Saint-Denis, coll. «Patrimoine en Seine-Saint-Denis. Bidonvilles. Histoire et représentations. Seine-Saint-Denis (1954-1974), n°20» 2007, 12p.,URL: http://www.atlas-patrimoine93.fr/documents/patrimoine_en_SSD_20.pdf (consulté le 12 mai 2015).

    Webographie

    «Du bidonville au pavillon», 6 juillet 2010 (consulté le 13 mai 2015).

    «Le bidonville de la Campa, Histoires, représentations, actualités» (consulté le 13 mai 2015).

    PERRON Tangui, POUVREAU Benoît, le 25 avril 2007, «Bidonvilles en Seine-Saint-Denis, images et représentations» (consulté le 13 mai 2015).

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