Usine Idéal Standard d'Aulnay-sous-Bois (Aulnay-sous-Bois, Seine-Saint-Denis)

  • Date :

    1923-1975

  • Notice historique :

    Lieu emblématique de l'industrie métallurgique depuis l'entre-deux-guerres, l'usine Idéal Standard d'Aulnay-sous-Bois a marqué l'histoire de l'immigration en Seine-Saint-Denis. Inaugurée en 1923, cette usine est la propriété de l'entreprise américaine «la Compagnie Nationale des Radiateurs» (CNR), spécialisée dans le travail de la fonte et la construction de radiateurs et chaudières. Née à Dôle, dans le Jura, cette entreprise se déplace vers la région parisienne dans les années 1920 et installe une plate-forme de production destinée à l'approvisionnement du marché européen. Plusieurs usines sont alors installées dans la banlieue parisienne notamment à Saint-Ouen, Clichy-la-Garenne, Argenteuil, Dammarie-les-Lys, Le Blanc-Mesnil: cette expansion correspond alors au développement du chauffage central domestique et à l'essor des salles de bain et cuisines en appartement qui entraîne un besoin de fourneaux de cuisine, de baignoires et chaudières.

    L'usine implantée à d'Aulnay-sous-Bois, située à proximité de la ligne de fer Paris-Soissons et du canal de l'Ourcq, connaît une expansion rapide, passant de un à trois ateliers en trois ans: en 1927, l'usine embauche près de 2 000 personnes et couvre une superficie de 16 ha. La nature de cette production industrielle entraîne de nombreuses nuisances et pèse sur les conditions de travail: fumées, pollution de l'air, vibrations et bruits de toutes sortes forment le quotidien des riverains et des ouvriers de l'usine.

    Dès les années 1920, l'usine d'Aulnay-sous-Bois recourt à des salariés immigrés, surtout des Polonais recrutés initialement sur le site de Dôle qui émigrent progressivement dans la région parisienne. Les communautés représentées évoluent en fonction des différentes vagues d'immigration dans l'entre-deux-guerres et de nombreux Italiens et Espagnols forment des contingents important avant la Seconde Guerre mondiale. Durant cette période, l'entreprise prend en charge le logement de ses ouvriers et installent des baraquements et des pavillons construits au sein même de l'usine. 300 à 350 travailleurs immigrés, parfois en famille, résident dans ces logements parfois extrêmement précaires. Ils habitent aussi dans des garnis et logements insalubres qui s'inscrivent durablement dans le paysage urbain d'Aulnay-sous-Bois, jusque dans les années 1970.

    En 1949, l'entreprise prend le nom d'Idéal Standard, suite à la fusion des gammes de chaudières et de radiateurs de la CNR diffusées sous les marques Idéal et de la gamme des appareils sanitaires Standard. À la fin des années 1970, près de 17 nationalités sont représentées dans les effectifs de l'usine qui comptent des Marocains, Algériens, Tunisiens, Maliens et Sénégalais; les effectifs atteignent les 3 000 ouvriers, parmi lesquels 90 % sont des hommes affectées à un travail physique éprouvant nécessitant une certaine habileté manuelle. Le maniement de la fonte et le transport de masses extrêmement lourdes multiplient les métiers à risque et les accidents graves du travail ne sont pas rares, parmi lesquels brûlures, membres sectionnés ou cassés. La silicose, pathologie pulmonaire consécutive à l'inhalation des poussières de fonderie, surnommée les «poumons noirs», est une maladie fréquente au sein de l'usine

    L'usine connaît de fortes tensions et un long conflit avant sa fermeture en 1975. Des grèves-bouchons, c'est-à-dire des débrayages dans certains ateliers qui bloquent toute la production de l'usine, se multiplient à partir de 1970: les syndicats insistent sur les tensions quotidiennes entre ouvriers immigrés et chefs d'ateliers; les revendications portent essentiellement sur l'augmentation des salaires et l'amélioration des conditions de travail. Suite au premier choc pétrolier, l'entreprise américaine abandonne progressivement sa filière chauffage: en cinq ans, les différents secteurs ferment les uns après les autres, jusqu'à la liquidation judiciaire en 1975 et le licenciement de 1 000 salariés. Cette décision entraîne l'occupation de l'usine dans l'espoir qu'un repreneur engage la relance de la production: le mouvement, composé d'une majorité d'ouvriers immigrés, est soutenu par la CGT et le maire d'Aulnay-sous-Bois, Roger Ballanger. Cette occupation exceptionnelle dure 21 mois, presque deux ans, et donne lieu à de nombreuses actions: journées portes ouvertes, concerts, vente d'objets produits dans l'usine, actions coups de poing. L'usine ferme cependant définitivement et en 1978 la municipalité d'Aulnay engage un projet de reconversion urbaine de la friche industrielle, à l'origine du quartier de Chantelou pédifié en 1985.

    Le site de l'usine d'Aulnay-sous-Bois est aujourd'hui occupé par les anciens ateliers et bâtiments administratifs, transformés en locaux d'activités, commerces et bureaux. En 2009, les journées du patrimoine donnent lieu à une collecte de témoignages et de documents viennent éclairer le patrimoine historique et mémoriel de l'usine, témoin des évolutions de l'industrie et de l'immigration en Seine-Saint-Denis.

  • Sources complémentaires :

    Sources d'archives

    ●Archives municipales d'Aulnay-sous-Bois

    Inventaire

    PARCE Céline, Usine Idéal Standard. État des sources, Archives municipales d'Aulnay-sous-Bois, janvier 2015.

    Archives, dossiers documentaires et publications

    1D et série W, Registres des délibérations du Conseil municipal et comptes-rendus du bureau municipal.

    3D, Correspondance des maires.

    1 PER, 4 PER, 8 PER, 12 PER, Revues locales.

    Iconographie

    1W2819, Plan d'ensemble de l'usine Idéal Standard (16/12/1957).

    3Fi2, Collection de cartes postales isolées entrées par voies extraordinaires.

    3Fi3, Collection de cartes postales René Hirgorom.

    3Fi3/1796, Usine de la Compagnie nationale des radiateurs, vue extérieure des ateliers mécaniques (s.d.).

    ●Archives départementales de Seine-Saint-Denis

    Fonds iconographique: photos, rushes de Jean-Patrick Lebel.

    ●Archives nationales

    20020274/50, Travail; Direction des relations du travail; Sous-direction des droits des salariés ; Bureau de la représentation des salariés Enquêtes sur licenciements et recours hiérarchiques. Année 1974. Recours hiérarchiques, licenciements. 93 Seine-Saint-Denis. Société Idéal-Standard à Aulnay-sous-Bois (Szpirko) (DP. 1974).

    19900216/13, IGAS 160 (suite). Services communs à la santé et au travail ; Inspection générale affaires sanitaires et sociales Inspection générale du Travail: rapports par département. Année 1977. Seine-Saint-Denis. Rapport relatif à la situation des établissements à Aulnay-sous-Bois et à Damarie-les-Lys de la société Idéal-Standard et du personnel qui en dépendrait. P. Bideberry (juin 1977).

  • Références :

    Bibliographie

    Aa. Vv. (dir.), «Usines: ouvriers, militants et intellectuels», Actes de la recherche en sciences sociales, n°196-197, 2013, 160p.

    Aa. Vv. (dir.), Paysages de Seine-Saint-Denis. Photographies, Aulnay-sous-Bois, École d'art Claude Monet, Ville d'Aulnay-sous-Bois, 2002, 8p.

    ABRIOUX Pierre, Aulnay-sous-Bois à travers les noms de ses rues, Aulnay-sous-Bois, Ville d'Aulnay-sous-Bois, 1993, 156p.

    BELLANGER Jean, Combat de métallos. Les Cazeneuve de la Plaine-Saint-Denis, Ivry-sur-Seine, Éditions de l'Atelier, 2013, 175p.

    BIARD Joël, Un engagement ouvrier. Syndicaliste CGT en Seine-Saint-Denis (1968-1990), Ivry-sur-Seine, Éditions de l'Atelier, 2013, 271p.

    BIED-CHARRETON Marie-Astrid, Regards sur Aulnay-sous-Bois, Aulnay-sous-Bois, Ville d'Aulnay-sous-Bois, 2006, 148p.

    BIED-CHARRETON Marie-France, Usines de femmes. Récit, Paris, L'Harmattan, 2003, 209 p.

    CAGNE Bernard, Prêtre-ouvrier à La Courneuve, Un insoumis de 1954, Paris, Karthala, 2007, 236p.

    CHEVANDIER Christian, La Fabrique d'une génération. Georges Valero, postier, militant et écrivain, Paris, Les Belles Lettres, 2009, 434p.

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    FLEURY-HEUSGHEM Nicole, «La compagnie nationale des radiateurs Idéal Standard», Bulletin du Cercle Archéologique et Historique de la Région d'Aulnay-sous-Bois, n°3, 2005, p.38-45.

    FURIO Antoine, LASCAR Pierre, Le monde d'Idéal: Mémoire et patrimoine de l'usine "Idéal Standard" à Aulnay-sous-Bois, Aulnay-sous-Bois, Conseil général de la Seine Saint-Denis, Ville d'Aulnay-sous-Bois, 2009, 112p.

    CAROUX Hélène, FURIO Antoine, LOHR Évelyne, POUVREAU Benoît (dir.), Contribution au diagnostic patrimonial de la commune d'Aulnay-sous-Bois, Pantin, Département de la Seine-Saint-Denis, 2008, 218p. (consulté le 18 mai 2015).

    PERRON Tangui, «Le territoire des images: pratique du cinéma et des luttes ouvrières en Seine Saint-Denis (1968-1982)», Le Mouvement Social, n°230, 2010, pp.127-143.

    PERRON Tangui (dir.), Histoire d'un film, mémoire d'une lutte. Étranges étrangers, un film de Frédéric Variot et Marcel Trillat, Montreuil, Périphérie, 2009, 190p.

    PERRON Tangui (dir.), Histoire d'un film, mémoire d'une lutte. Le dos au mur, un film de Jean-Pierre Thorn, Montreuil, Périphérie, 2007, 125p.

    SOUILLARD Sabine, Un patrimoine industriel : Idéal Standard, Bibliographie, Bobigny, Archives départementales de Seine-Saint-Denis, 2011, 9 p.

    Webographie

    «Idéal Standard à Aulnay-sous-Bois : Mémoire industrielle ou mémoire ouvrière» (consulté le 18 mai 2015).

    «Les casques noirs c'étaient les ingénieurs, les casques verts les chefs de secteur, les casques bleus les contremaîtres» (consulté le 18 mai 2015).

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