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Usine Citroën-PSA d'Aulnay-sous-Bois (Aulnay-sous-Bois, Seine-Saint-Denis)

  • Date :

    1973

    1973-2013

  • Notice historique :

    L'usine Citroën-PSA d'Aulnay-sous-Bois, par ses effectifs et son rôle dans l'histoire des luttes sociales contemporaines, a constitué un carrefour des mémoires de l'immigration en Seine-Saint-Denis. L'origine de ce haut lieu du travail ouvrier de l'après Seconde Guerre mondiale est liée en effet à l'essor de l'industrie automobile française qui repose essentiellement sur le travail d'une main d'Suvre issue de l'immigration.

    La création de l'usine d'Aulnay-sous-Bois en 1973, répond à une volonté politique d'organisation spatiale de l'industrie française et de réduction des coûts de production : de nombreuses entreprises ferment leurs usines parisiennes pour s'implanter en banlieue et, principalement, en province. La firme Citroën interrompt ainsi sa production dans les usines historiques du XVe arrondissement et inaugure plusieurs sites de très grandes tailles, notamment celui d'Aulnay-sous-Bois. Idéalement située, bénéficiant de larges surfaces, cette usine est alors présentée comme une des plus modernes d'Europe. Elle regroupe des ateliers d'emboutissage, de ferrage, de peinture, ainsi que des chaînes de montage. Prévue pour accueillir plus de 12 000 personnes, l'usine ne réunit, au maximum de sa capacité en 1978, que 8 000 salariés.

    L'usine se caractérise par une proportion très importante d'ouvriers spécialisés, ou OS, c'est-à-dire sans formation et affectés à une seule tâche : en 1978, ils constituent 69 % de l'effectif total. Au début des années 1980, la part des ouvriers immigrés est très importante et 70 à 75 % des personnels de l'usine sont étrangers. Une partie de ces ouvriers ont suivi la mutation des usines du XVe arrondissement de Paris, mais d'autres ont exercé divers emplois auparavant, dans des usines automobiles ou dans d'autres secteurs comme le secteur minier. Les travailleurs marocains sont les plus nombreux mais de nombreuses nationalités sont aussi représentées : Algériens, Tunisiens, Turcs, Yougoslaves forment des groupes très importants auxquels s'ajoutent des contingents de Maliens, Sénégalais et Mauritaniens. La proportion des salariés de l'usine vivant en Seine-Saint-Denis représente moins d'un tiers des effectifs et ils résident principalement dans les communes d'Aulnay-sous-Bois, La Courneuve, Pantin ou Aubervilliers. Afin de favoriser l'implantation des ouvriers de l'usine sur le territoire de la commune, des grands ensembles sont bâtis dans les quartiers au Nord d'Aulnay-sous-Bois, plus particulièrement dans le quartier de la Rose des Vents ou celui de la Cité des 3 000.

    Au cours des années 1970 et 1980, l'usine est le théâtre des rapports de force qui traversent les luttes syndicales. Après mai 1968, la direction de Citroën favorise dans ses usines l'implantation de la Confédération Française du Travail (CFT, qui prend le nom de Confédération des Syndicats Libres, CSL, en 1977) afin de contrebalancer le rôle des syndicats contestataires tels que la CGT ou la CFDT. Les membres de la CSL sont les relais d'une politique paternaliste qui octroie des avantages en échange d'une loyauté vis-à-vis de l'entreprise: les ouvriers immigrés mutés à Aulnay-sous-Bois ou qui s'y font embaucher sont ainsi fortement incités, parfois sous la menace, à prendre la carte de la CSL, condition nécessaire pour progresser dans sa carrière ou obtenir un logement. Tout contact avec les représentants de la CGT peut entraîner des sanctions ou de mesures de rétorsion.

    À la fin des années 1970, la montée du chômage , la fin des embauches et l'augmentation des cadences provoquent une détérioration des conditions de travail. Dans ce contexte, l'arrivée au pouvoir du gouvernement d'Union de la gauche en 1981, au début du premier septennat de François Mitterrand, semble ouvrir une période favorable aux revendications des syndicats les plus engagés dans un bras de fer avec la direction, comme la CGT. Pourtant minoritaire, ce syndicat parvient à susciter une vague d'adhésion, notamment auprès des ouvriers immigrés, et un mouvement de grève est engagé à partir du 23 avril 1982: les principaux mots d'ordre portent sur la liberté syndicale, les conditions de travail et l'augmentation des salaires. Ce mouvement de grève prend une ampleur inédite, en se propageant à d'autres usines de la région parisienne, et se poursuit durant près de cinq semaines. Après la reprise du travail, le 1er juin 1982, la CGT devient majoritaire dans l'usine d'Aulnay-sous-Bois et les ouvriers élisent comme représentant un ouvrier marocain, Akka Ghazi, conducteur d'engin motorisé ou cariste. Propulsé par les médias et son syndicat, celui-ci joue un rôle d'intermédiaire avec les ouvriers de l'usine et la direction et il parvient à engager un rapport de force plus favorable aux travailleurs. En 1984, celui-ci devient député marocain des Marocains de l'étranger et sa position de syndicaliste à l'Usine Citroën lui permet d'agir auprès du gouvernement français pour améliorer les conditions du regroupement familial ou peser, à l'échelle nationale, sur la situation du logement des ouvriers immigrés.

    En août 1984, des licenciements massifs provoquent le renvoi de 866 ouvriers, parmi lesquels certains syndicalistes. Ces mesures sont perçues comme une réponse à l'activité importante des syndicats dans l'usine. Ces licenciements forcent le retour au pays de certains ouvriers et engagent, pour les autres, des périodes de chômage et de précarité, interrompue par des formations professionnelles dont la portée reste incertaine.. Ceux qui restent connaissent dans les années suivantes de nouveaux plans de réduction d'effectifs, l'accentuation de la robotisation, l'usage accru du travail intérimaire, jusqu'à ce qu'une nouvelle vague d'embauches renouvelle en partie l'effectif au début des années 2000. C'est parmi cette nouvelle génération d'ouvriers, bien souvent héritière de l'immigration de travail des années 1960-1970 et vivant dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne, qu'on trouve les leaders des équipes syndicales et des grèves qui émaillent de nouveau l'usine: en 2005 pour le maintien des salaires lors du chômage technique, en 2007 pour une augmentation de salaire, et en 2013 contre la fermeture du site. Malgré quatre mois de conflit, la direction de PSA décide de fermer l'usine et de revendre le terrain, mettant fin à 40 ans d'histoire industrielle marqués par l'immigration et les luttes sociales.

  • Sources complémentaires :

    ●Archives municipales d'Aulnay-sous-Bois

    Inventaire

    PARCE Céline, Usine PSA Citroën. État des sources, Archives municipales d'Aulnay-sous-Bois, 2015.

    Archives

    207W34, Dossier de presse sur PSA Citroën (1982-2007).

    1D, Série W, Registres des délibérations du Conseil municipal et comptes rendus du bureau municipal.

    12PER, 8 PER et 9 PER, Revues locales.

    207W24, Dossier de presse «Immigration» (1987-2002).

    1W4869, Police générale. Immigration: coupures de presse, correspondance (1972-1977).

    1W2591, Police générale. Immigration: dossiers constitués par les associations, articles de presse, statistiques, dossiers relatif aux foyers des travailleurs étrangers (1978-1984).

    1W2592, Police générale. Immigration, contrats d'agglomération: documentation, statistiques (1977-1982).

    1W3583, Police générale. Immigration, statistique des étrangers résidant en France au 31/12/1980, documentation, correspondance et coupures de presse (1980-1983).

    1W7251 à 7280, 7726 à 7727, 5540, 6997 et 711: dossiers sur l'immigration contenant des informations à caractère nominatif.

    Iconographie

    Fonds photographique «Alain Bernuzeau»: planches n°465, 794 et 795 sur l'implantation du site; plusieurs reportages photographiques sur les grèves de 1982 et 1983.

    2Fi2, 13 photographies de la construction de l'usine.

    3Fi3, Fonds de cartes postales «René Hirgorom».

    3Fi2, Collection de cartes postales isolées.

    ●Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

    1AV, 2AV et 3AV, Fonds Périphérie productions/Périfilms, 7901 éléments (1982-2006).

    1AV et 2AV, Fonds Claude Blanchet, 82 éléments (1975-1985).

    2AV20595, BLANCHET, Claude, BOBROWSKI, Édouard, Haya (1982).

    2AV16508, LEBEL, Jean-Patrick, Le mariage de Mme Citroën et de M. CGT, ou comment la lutte des classes vint à Ghazi Akka (1983).

    Fonds IHS-CGT: iconographie diverse, photographies des grèves par Serge Gautier.

    ● Institut national de l'audiovisuel

    CAA8200434901, Conflit Citroën, Aulnay sous Bois. IT1 20H. 27/04/1982.

    CAB8200993701, Reprise travail Citroën. JA2 20H. 01/06/1982.

    DVC8408092201, Conflit Citroën SOIR 3. 16/05/1984.

    CAB8402093101, Rentrée chez Citroën. JA2 20H. 30/08/1984.

    CAB8300279801, Citroën Aulnay. JA2 20H. 04/02/1983.

    ●Génériques, Paris

    ABS 21-2, Fonds Saad Abssi : Communiqués de la Fédération des travailleurs africains de France (FTAF) notamment, en solidarité aux travailleurs de l'usine Citroën d'Aulnay et à Akka Ghazi, délégué syndical marocain (1984-2001) (Inventaire en ligne dans Odysséo) (consulté le 18 mai 2015).

    Fonds de l'Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) : Collection d'affiches; Concert de lutte et de solidarité avec les grévistes de PSA-Citroën Aulnay / Montreuil, Confédération générale du travail (CGT), 2007 (Affiche numérisée consultable dans Odysséo) (consulté le 18 mai 2015).

    ●Association des Marocains de France, Saint-Denis

    AMF A45, Fonds de l'AMF: Luttes de l'immigration, (&) Citroën, Mesures de licenciements dans les usines Citroën-Aulnay, revue de presse 1984 (1979-1990) (Odysséo, AMF A45).

    ●Citroën-PSA

    Conservatoire Citroën (Aulnay): publications de la direction de la communication de Citroën, recueils d'articles de presse sur les conflits sociaux des années 1982 à 1984.

    Médiathèques Citroën (Paris) et PSA: photos et films.

    ●Syndicat CGT des usines Citroën, Institut d'histoire sociale de la CGT, Montreuil

    Archives diverses.

  • Références :

    Bibliographie

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    BIED-CHARRETON Marie-Astrid, Regards sur Aulnay-sous-Bois, Aulnay-sous-Bois, Ville d'Aulnay-sous-Bois, 2006, 148p.

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    PERRON Tangui (dir.), Histoire d'un film, mémoire d'une lutte. Le dos au mur, un film de Jean-Pierre Thorn, Montreuil, Périphérie, 2007, 125p.

    PIGENET Michel, TARTAKOWSKY Danielle (dir.), Histoire des mouvements sociaux en France, de 1814 à nos jours, Paris, La Découverte, 2012, 800p.

    Webographie

    Atlas du patrimoine 93 (notamment une filmographie importante d'Antoine FURIO)(consulté le 13 mai 2015).

    «L'histoire de l'usine Peugeot-Citroën d'Aulnay en 30 images» in Challenges.fr (consulté le 13 mai 2015).

    GAY Vincent, «Des grèves de la dignité aux luttes contre les licenciements : les travailleurs immigrés de Citroën et Talbot, 1982-1984», in Contretemps Interventions(publié le 03/03/2013) (consulté le 13 mai 2015).

    CHEBRAOUI (Collection), «Hassan, 40 ans à PSA-Aulnay, nous ouvre son album photo». Témoignages : «PSA Aulnay : "Je suis resté jusqu'au bout"» ; «Hassan Chebraoui, mécanicien entré en 1975 dans l'usine qui ferme ses portes, raconte son histoire sociale mouvementée» in tempsreel.nouvelobs.com (consulté le 13 mai 2015).

    RAYMOND Francine, journaliste à France télévision, FOSSARD Ludovic, réalisateur, «Aulnay Story Chronique d'une fermeture annoncée» in blogfrancetvinfo.fr (consulté le 13 mai 2015).

  • Légende/crédits :

    Légendes des documents numériques associés

    Doc. 1 : Hervé Suaudeau, L'usine PSA-Citroën à Aulnay-sous-bois (Seine-Saint-Denis, France), Vue panoramique, Tirage photographique, 3x57, 2007, Travail personnel, Wikimedia Commons.

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