Camp de Bourg-Lastic (Bourg-Lastic, Puy-de-Dôme)

  • Date :

    fin XIXe siècle

  • Notice historique :

    Présentation du contenu

    Camp militaire construit à la fin du XIXe siècle sur les contreforts des Combrailles auvergnates, dans le département du Puy-de-Dôme, le camp de Bourg-Lastic est situé à une vingtaine de kilomètres du village qui porte le même nom. Ceinturées par des hautes forêts de sapins et des landes de genêts, une quinzaine de casernes le composent. Les 800 hectares de cet espace sont destinés aux entraînements occasionnels du régiment d'infanterie de Clermont-Ferrand.

    Faisant fonction de camp de prisonniers durant la Première Guerre mondiale, il est aussi utilisé comme camp d'internement à partir de 1939 : pour les ressortissants allemands en premier lieu, puis sous le gouvernement de Vichy, comme Centre de rassemblement des étrangers, dont de nombreux Juifs. Le cimetière de Bourg-Lastic rappelle cette présence avec une tombe de soldats russes internés dans le camp durant la Seconde Guerre mondiale. Le 15 juillet 1944, suite à l'attaque par la Résistance d'une colonne de ravitaillement de la Wehrmacht, une vingtaine d'otages dont le maire de Bourg-Lastic ont été fusillés à proximité du camp militaire de Bourg-Lastic.

    A la Libération, le camp reprend sa fonction originelle de camp militaire. Ce n'est qu'avec la fin de la guerre d'Algérie en 1962 et le repli de milliers de supplétifs algériens et membres de leurs familles que le camp de Bourg-Lastic est réutilisé pour accueillir des réfugiés. Suite à la saturation du camp du Larzac (Aveyron) qui atteint sa capacité maximale, Pierre Mesmer, ministre des Armées, décide, le 19 juin 1962, d'orienter les nouveaux venus vers le camp de Bourg-Lastic. Celui-ci est aménagé à la hâte ; 500 puis 630 tentes sont montées sur une surface d'environ cinquante hectares. Le premier convoi provient du camp de regroupement de El Harrach (anciennement Maison-Carrée), près d'Alger. Après avoir traversé la Méditerranée à bord du « La Fayette » et débarqué dans l'enclave militaire du port de Marseille, les familles arrivent le 24 juin 1962 au camp de Bourg-Lastic qui compte déjà plus de 800 personnes. En l'espace de quelques jours, les afflux de réfugiés aboutissent, le 3 juillet suivant, à l'hébergement de 4 945 individus.

    Lieu d'accueil et de relégation, le camp est conjointement géré par l'Armée, le 92e Régiment d'infanterie (RI), et la Gendarmerie qui associe à l'assistance des populations un étroit contrôle social et politique. L'hébergement sous tente, peu adapté dans une région où les nuits estivales sont froides, rend les conditions de vie encore plus difficiles. Aussi durant les trois mois de son existence, vingt-sept décès, dont vingt-six enfants, sont recensés sur le registre d'état-civil de la mairie de Briffons. Le camp ferme finalement ses portes le 25 septembre 1962 et est rendu à son usage militaire. La grande majorité des hébergés est dirigée vers le camp de Rivesaltes. Les départs s'échelonnent entre le 14 et le 22 septembre. D'autres sont envoyés vers les industries du Nord ou les Houillères du Pas-de-Calais. Quelques-unes sont enfin logées à Bourg-Lastic mais à l'écart du village, dans un petit lotissement construit à leur intention. Comprenant une vingtaine de maisons mitoyennes, elles sont vendues dix années plus tard par la mairie à des particuliers, lorsque la plupart des familles d'anciens harkis quittent le village.

    Le 30 septembre 2001, une stèle est inaugurée à Bourg-Lastic en « souvenir des harkis », suivie le 1er septembre 2012 d'une autre, entre autre dédiée « aux enfants morts dans ce camp » dont le cimetière, où sont enterrés 11 enfants, est préservé.

    Le camp de Bourg-Lastic sert toutefois encore de lieu d'accueil durant les étés 1990 et 2000 à 350 Kurdes irakiens, pris en charge à la demande de la fondation France Libertés de Danielle Mitterrand, et 200 Kosovars évacués de leur pays en urgence. Une fois encore, ce camp devint le lieu où toute une population nouvellement réfugiée fait ses premiers pas en France.

  • Références :

    OUVRAGES ET ARTICLES

    Le camp de Harkis de Bourg-Lastic, 24 juin 1962 25 septembre 1962, ONAC, Mémoires du Puy-de-Dôme, 2006.

    FILMOGRAPHIE

    Weisz Claude, Les kurdes d'Auvergne. Bourg-Lastic, DVD, 1989.

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