Prolonger et mettre en corps les revendications des étrangers par le théâtre
Le 30/10/2017 à 15h06 par Génériques
Résumé

A l'occasion de la mise en ligne de la rencontre organisée par Génériques « La parole libérée : théâtre et immigration en France depuis les années 1970 » s'étant déroulée le 6 octobre 2017 à l'R de la Mer à Marseille, Odysséo propose un panorama des archives produites par le théâtre immigré des années 1970 à 1980 – où travailleurs immigrés et jeunes issus de l'immigration trouvent dans la parole récitée un moyen pour revendiquer leurs droits, dénoncer leurs conditions de vie et briser des barrières invisibles et pourtant stigmatisantes.

Dans le contexte des luttes de l'immigration des années 1970, essor du théâtre immigré en France

 

L'explosion des luttes et mouvements des immigrés contre le racisme et pour l'égalité des années 1970 permet une véritable libération de la parole. Dans ce contexte, le théâtre agit-prop - destiné à sensibiliser le public à une cause politique - se répand considérablement, permettant l'essor du théâtre immigré dans la sphère publique.

 

L'apogée de ce mouvement théâtral est marqué par la création en 1975 du premier festival populaire des travailleurs immigrés. D'une durée de cinq semaines, ce festival géré par les immigrés eux-mêmes propose une programmation variée – théâtre, musique, cinéma, cours d'alphabétisation, débats – dans une volonté de conquérir l'espace public.

 

Une importante diversité de troupes théâtrales voient le jour dans ce contexte, dont une grande partie se concentre en Île-de-France, mais pas seulement. Les compagnies puisent leur inspiration dans la vie quotidienne des immigrés et cherchent à provoquer un débat avec le public sur les problèmes rencontrés par les étrangers en France.

 

Pour aller plus loin, consultez l'exposition virtuelle « Cultures et contre-cultures de l'immigration : 1970, 1980, 1990 ».

 

 

Les troupes pionnières des années 1970

 

Contrairement à la plupart des compagnies qui abordent les conditions de vie des immigrés en France, le Collectif d'action et de diffusion culturelles arabes en France (CADCAF) – collectif créé par un groupe d'étudiants tunisiens dans les années 1970 – met en scène en arabe dialectal les conditions de vie tunisiennes comme en témoigne cet extrait de la pièce "El-meddah" : « Pendant la guerre avec l'aide des colons, le propriétaire s'enfuit laissant sa terre et ses ouvriers sans travail. Alors que le village est sous le fléau du chômage, les fellahs au café tuent le temps […]. Dans cette situation – misère, famine – une seule solution apparaît aux ouvriers, travailler la terre et travailler pour survivre ».

 

La troupe Al-Assifa (Mouvement des travailleurs arabes) se concentre quant à elle sur la question de la souffrance des travailleurs maghrébins dans les années 1970 avec la mise en scène de pièces comme La vie de château et Ça travaille et ça ferme sa gueule qui connaîtront un vaste succès à travers la France. Dans la même veine, la troupe El Halaqa de Marseille présente dans différents lieux publics des scénettes inspirées des conditions de vie des travailleurs, après lesquelles le public est invité à débattre sur les thématiques abordées pendant le spectacle.

 

A cheval entre le théâtre immigré des années 1970 et 1980, la troupe Nedjma aborde les questions d'identité et d'intégration auxquels sont confrontés les jeunes issus de l'immigration  et la compagnie La Kahina – créée en 1974 par Salika Amara et Louisa Yahiaoui – aborde la question de la condition des femmes arabes issues de l'immigration, en évoquant par exemple la thématique de la double-culture et des conflits générationnels dans la pièce Famille Ben Djelloul en France depuis 25 ans .

 

 

Le théâtre des jeunes issus de l'immigration

 

Les troupes des années 1980 revendiquent leur appartenance au territoire française tout en abordant la complexité de leur identité et la richesse de leur culture. La compagnie Ca et La par exemple, créée en 1979 par un collectif de femmes portugaises, aborde ces questionnements avec la mise en scène de pièces comme Sud express, Le cul entre deux chaises et Une femme à la mer. Autre exemple avec la compagnie N'Taa Nou – fondée dans les années 1980 à Marseille dans la Cité Bassens – qui aborde le théâtre comme « un besoin d'être ensemble pour construire quelque chose qui est à nous », tout en cherchant à partager leurs revendications militantes auprès du public.

 

Dénoncer les crimes racistes est un autre axe essentiel de ce théâtre militant émergeant dans les années 1980. Le Théâtre des Flamants, issu des ateliers théâtraux mis en place par le Théâtre de la Mer au sein de la Cité des Flamants à Marseille, met en scène l'assassinat de Lahouari Ben Mohamed le 18 octobre 1980 à Marseille, notamment avec la pièce Ya Oulidi (Mon fils).

 

Pour aller plus loin, consultez la captation audiovisuelle de la rencontre « La parole libérée, théâtre et immigration en France depuis les années 1970 » (Génériques).

 

 

Mots clés : 
Partagez cet article
Commentaires

Seuls les utilisateurs identifiés peuvent laisser un commentaire.

Me connecter à mon compte