Marseille, identité d'une cité portuaire marquée par les flux migratoires
Le 12/06/2017 à 17h48 par Génériques
Résumé

Des sources concernant l'histoire de l'immigration dans le département des Bouches-du-Rhône sont désormais disponibles dans Odysséo, faisant suite au travail engagé depuis 1990 par Génériques dans la constitution d'un inventaire national des sources publiques et privées sur l'histoire des étrangers en France aux XIXe-XXe siècles. Dans ce cadre, Génériques propose un focus des ressources disponibles sur la ville de Marseille, théâtre d'importantes luttes pour l'égalité et contre les discriminations.

 

Entre identité industrielle et carrefour migratoire

 

La ville de Marseille occupe une position centrale, située au carrefour de l'Europe et de l'Afrique. Ville portuaire, Marseille étend considérablement sa fonction industrielle au cours du XIXe siècle, avec notamment le développement de manufactures – savon, tabac, bière, briques, allumettes - et d’industries chimiques et métallurgiques. Au début du XXe siècle, la population ouvrière représente la moitié de la population marseillaise, parmi laquelle on compte 25 % de travailleurs migrants.

 

Trois vagues migratoires marqueront l'histoire de Marseille. La première vague a lieu au XVIIe siècle avec l'arrivée massive d'Italiens dans la ville, représentant une part importante de la main d’œuvre ouvrière immigrée. Les filatures de soie du quartier de la Capelette feront travailler ainsi au début du XXe siècle plus d'un millier d'Italiennes dans des conditions difficiles, favorisant en réaction le déploiement de multiples grèves qui viendront s'organiser progressivement sous l'égide de l'Union départementale unitaire. La seconde vague migratoire, massivement arménienne, aura lieu dans les années 1920, liée aux soubresauts de la Première Guerre mondiale (besoin de reconstruction du pays ; reconfiguration géopolitique et génocide dans l'ancien Empire ottoman) et au démarrage de l'essor industriel. Les immigrés seront principalement logés dans des baraquements de fortune. Par la suite, entre 1920 et 1960, la ville va accueillir également des rapatriés d'Indochine et des ressortissants tunisiens et marocains. Enfin, dans les années 1960 a lieu la troisième vague migratoire, liée à la déclaration d'indépendance de l'Algérie en 1962 favorisant une migration importante à Marseille de rapatriés d'Algérie.

 

Pour aller plus loin, consultez l'exposition virtuelle « Mouvements et luttes des immigré-e-s contre les discriminations et pour l'égalité 1972-1983 » et l'exposition virtuelle « Cultures et contre-cultures de l'immigration, 1970, 1980, 1990 ».

 

 

Années 1970-1980 : mobilisations contre les crimes racistes à Marseille

 

Le 25 août 1973, l'assassinat d'Emile Guerlache, chauffeur de tramway, par un Algérien provoque la montée d'une forte xénophobie sur le territoire marseillais. Gabriel Domenech, rédacteur en chef du journal Le Méridional publie notamment dans un éditorial (26 août 1973) «  […] Cet assassin, les pouvoirs publics sont gravement coupables de l'avoir laissé entrer sur notre territoire. Nous en avons assez ! Assez de voleurs algériens, assez de casseurs algériens, […] assez de tueurs algériens ! Il faut trouver un moyen de les marquer et de leur interdire l'accès au sol français. »

 

En répercussion à cette tension xénophobe, dix immigrés algériens seront assassinés dont Saïd Aounallah qui sera exécuté le 27 août au boulevard Plombières par des tirs d'armes à feu. Suite à ces événements, des tracts édités au nom des travailleurs arabes seront diffusés sur le territoire appelant les ouvriers à ne pas tomber dans la « manipulation raciste organisée par Le Méridional » sous le slogan « Non à l'affrontement entre travailleurs français et travailleurs immigrés. Ne tombons pas dans les pièges racistes ». Par la suite, le 14 décembre 1973 éclate un attentat contre le consulat d'Algérie revendiqué par le groupe Charles Martel, groupe armé d'extrême droite, provoquant quatre morts et 16 blessés. Le 18 décembre 1973, à l'appel du Mouvement des travailleurs arabes (MTA), 15 000 personnes se rassembleront autour de l'enterrement des victimes.

 

Pour en savoir plus, consultez la collection de photographies numérisées de Pierre Ciot concernant les mobilisations marseillaises contre les crimes racistes ainsi que l'entretien de Yamina Benchenni dans la campagne d'archives orales « Histoire et mémoire de l'immigration, mobilisation et lutte pour l'égalité, 1968-1988 ».

 

 

FOCUS : le 15 octobre 1983, départ à Marseille de la Marche pour l'égalité et contre le racisme

 

Le 20 juin 1983, Toumi Djaïdja est blessé par un policier dans le quartier des Minguettes de Vénicieux. Quelques jours plus tard, il lui vient l'idée de mettre en place une grande marche pacifique sur le territoire français.

 

« La Marche est l'expression d'une soif de justice. C'est un message de paix que nous délivrons à notre pays, une déclaration d'amour que nous lui faisons ». Toumi Djaïdja, extrait du Migrance n°41 « La Marche pour l'égalité et contre le racisme ».

 

La Marche partira ainsi de Marseille le 15 octobre 1983 pour rallier Paris le 3 décembre. Elle débute au cœur du quartier de la Cayolle, anciennement Camp du grand Arénas de 1944 à 1966 abritant des travailleurs vietnamiens en attente de rapatriement pour l'Indochine, devenu dans les années 1960 un bidonville important, résorbé progressivement dans les années 1970. Peu avant les débuts de la Marche, ce quartier sera marqué le 14 mars 1983 par un attentat à la bombe revendiqué par le groupe Charles Martel, ayant fait la mort d'un jeune enfant gitan.

 

Les marcheurs, initialement au nombre d'une trentaine, rejoignent ensuite le quartier Bassens où ils sont accueillis dans une ambiance festive par les habitants, chantant le slogan « Nous sommes les enfants des quartiers Nord / Et à pied ça fait loin jusqu'au vieux port ». Par la suite, le groupe rallie le quartier Les Flamants, quartier où Lahouari Ben Mohamed, jeune homme d'origine marocaine, a été abattu le 18 octobre 1980 par un policier.

 

Le comité de soutien à la Marche mettra en place des bus afin que les habitants de Marseille puissent participer à la manifestation du 3 décembre à Paris. Initiée à Marseille le 15 octobre 1983 dans une relative indifférence médiatique, la Marche rassemblera à Paris le 3 décembre 1983 plus de 100 000 personnes.

 

Pour en savoir plus, consultez les entretiens de la campagne d'archives orales menée par Génériques « Histoire et mémoire de l'immigration, mobilisation et lutte pour l'égalité, 1968-1988 ».

 

 

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